Et dire que c’était une simple bestiole… !


Numéro nonante-six, Avenue d’Ambre

Chère Endundu se maquille dans sa chambre

Une ou deux rides à masquer

Ou quelque chose du genre

Frivolités qui peuvent prendre une journée

Un véritable culte, à s’y méprendre

Toutefois, exceptionnellement

L’occupation chérie de mademoiselle

De vouloir se faire encore plus belle

S’interrompt par trop brusquement

Une tarentule de taille respectable

En effet tombe lourdement

Sur la tignasse de l’enfant

Pour Endundu, situation intolérable !

La jeune fille pique une crise de nerf

Et pousse un cri suraigu

Rapidement accourt sa mère

Par les pleurs évidemment très émue

L’adolescente hurle entre deux sanglots

Qu’un horrible cobra lui a mordu le cou

Dans la villa, tout le monde est comme fou

L’agitation s’entend au-delà de l’enclos

 

Or il se trouve que le quartier de la meuf

Est le lieu par excellence des grands bourgeois

Que plusieurs nomment têtes d’œuf

D’autres préfèrent villageois

Je disais donc que quelques-uns de ces richards

Circulant dans les parages

S’il vous plaît, tous d’un certain âge

En ce moment roulent des pensées bizarres

Ils s’imaginent qu’il y a deuil chez les Endundu

 

La nouvelle se propage

Elle est même déformée par quelques voyous

Ces derniers, loin d’être sages

S’éloignent aussitôt du quartier

Pour crier, hurler, s’égosiller :

« Malheur, malheur, vous savez quoi ?

Les Endundu, de l’Avenue d’Ambre les rois

Ont tous crevé dans un grand accident d’avion

Pour vous prouver que nous avons archi-raison

Faites donc un tour dans le coin »

 

L’ensemble de ces mortelles insanités

Est ingurgité par nombreux ni plus ni moins

Puis rendu sous forme d’étranges stupidités

Soudain, la rumeur court qui dit

Que le Président Izgoo a été occis

C’est panique générale !

Des noyaux de trouble naissent ici et là

La situation dégénère à petits pas

Elle devient franchement sale

La confusion devient telle

Que les choses prennent une ampleur hors du réel

D’extrémistes sectes voient la fin du monde

Les satanistes voient plutôt sacrifices

À des dizaines de miles à la ronde

Rien que des propos factices

Là, c’en est trop !

Sont en ébullition presque tous les cerveaux

Même le Chef de l’État a vent de tout ça

« Oh ! Mon peuple est tombé bien bas

Quel manque effroyable d’esprit critique ! »

Pense tristement l’homme fort

Grâce à son esprit retors

À l’aide de son raisonnement logique

Il mène personnellement une enquête

Éclaircit cette affaire pseudo-mystique

Le Président remonte jusqu’à la tête

Non sans avoir ignoré les troncs et les membres

De cette vaste psychose

 

Ah, vérité à cœur fendre !

Pour Izgoo, quelle triste chose

Quelle écrasante déception

Que de savoir que la bourgeoisie du cinquième

N’est composée que des cancres et de vrais cons

Et de même

Qu’une araignée est la cause de tant de maux

Le peuple izgoyen en sort nigaud

Sans peine vous devinerez

Les sots voyous incarcérés

Les divers gourous de secte interpellés

Et vous, lecteur, conscientisé…